Conversation entre a(m)is
On entend partout l’IA, l’IA, les LLM, et caetera. Mon père me demande c’est qui, Lia, tu la connais ? Et elle, elle aime quoi ? J’ai une amie qui s’appelle Lia, et j’aimerais bien qu’elle m’aime moi, mais c’est pas le sujet. Dans l’art et dans la vie, ce que j’aime c’est qu’un être humain soit à l’origine des mots. Si une IA écrit le rire du bébé ressemble à un arbre excellent, j’en ai rien à taper. Si une humaine écrit le rire du bébé ressemble à un arbre excellent, ça me bouleverse. Parfois, je demande à l’IA de poursuivre un texte sur lequel je bloque. Mais je ne garde rien, je me contente de lire, et au fil de mes mots recombinés, je peux tomber sur un agencement de termes qui me frappe. C’est intéressant, ce que ça provoque chez moi. L’IA comme outil, comme moyen, jamais comme fin. La tronçonneuse aussi c’est un outil, je ne l’utilise pas pour autant quand j’écris. En même temps pour toi un dictionnaire de synonymes c’est déjà de la triche. Mon job de rêve, c’est arbitre. Littéraire. Victoire par erreur. C’est plus facile de travailler à partir d’une matière – en s’y opposant par exemple – qu’à partir de rien. On n’écrit pas dans le vide, je suis d’accord. Toujours en réaction à quelque chose d’autre, même si l’on ne sait pas quoi. Je préfère si ce quelque chose est humain. Ce qui m’intéresse : est-ce que tu utilises l’IA quand tu écris ? Est-ce que tu as peur que l’IA te remplace ? Et surtout : pourquoi et comment tu écris ? Le genre de questions qui me donne envie d’envoyer une IA répondre à ma place. Je crois que la personne qui répond est presque plus importante que la réponse en elle-même. Je crois qu’écrire c’est faire des choix, des choix justifiables. Alors qu’une IA choisit le mot suivant par pure probabilité. On ne fait pas de la littérature en alignant les mots les plus probables. Je n’ai pas peur d’être remplacé ; plus le temps passe, plus je me rends compte qu’écrire s’approche beaucoup plus de l’acte de poser des questions que d’y répondre. L’IA change l’industrie du livre. Pas la littérature. On est passé de sept HACKS DU CERVEAU POUR ÉCRIRE 15 000 MOTS PAR JOUR à sept HACKS POUR DÉBLOQUER LE POTENTIEL DE CHATGPT. Les petits managers du livre c’est pas nouveau. Quand je vois un oiseau que je ne connais pas, j’écris à un ami. Parfois il se trompe, parfois il ne me répond pas, mais souvent il me fait des dessins, me demande la forme de la queue, et je sais quel oiseau j’ai vu.
Quelque part entre une conversation avec toi et une conversation avec l’IA, il y a un algorithme que j’ai programmé il y a longtemps, qui combine des mots à partir d’un fichier constitué de la totalité des textes que nous avons écrits. Un algorithme – moins évolué qu’une IA – qui écrit « comme nous » et « à notre place » :
le journal qui traîne au fond de l’air est frais, mais il fait jour, j’arrive devant les voitures de police, pas de place assise. pas grave. Alà, c’était trop croustillant pour rester éveillé. il résiste un peu, puis trébuche et tombe habillé dans le bus. je t’aime comme au premier étage j’ai tondu la toison de mon torse comme si rien n’avait changé, mon cœur tombe dans les confins de son colis. il y a des enfants. les maux de ventre se sont intensifiés. et moi, moi quoi, moi je suis juste assez grand pour moi.